La décentralisation au cœur de la reconstruction

Publié le par Collectif 35 des amis d'Haïti

Un peu plus d’un mois après le séisme du 12 janvier, le Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive, sort de son silence. Il évoque les besoins du pays et les pistes pour le reconstruire.

16.02.2010 | Samuel Baucicaut | Le Nouvelliste

 

Le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive en conférence de presse,  3 février 2010 à Port-au-Prince

Le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive en conférence de presse,  3 février 2010 à Port-au-Prince

“Le Nouvelliste”

“Le Nouvelliste”

Fondé en 1898, ce quotidien est le plus ancien journal francophone des Amériques. “De tendance centre droit, il s’attache à cultiver un amour profond pour Haïti et n’a jamais donné son appui à aucun parti politique”, précise son directeur, Frantz Duval. Acheté au début du XXe siècle par l’imprimeur Henri Chauvet, le titre est resté depuis dans la famille. En 2000, de jeunes rédacteurs renouvellent l’équipe de journalistes. En 2002, la rédaction lance un nouveau titre : Ticket, un hebdomadaire people consacré aux artistes.
Avant le séisme, Le Nouvelliste tirait à 15 000 exemplaires. Il prévoyait également de lancer Tout-Terrain, un journal sportif, et Le P’tit Nouvelliste, un supplément jeunesse. Son site Internet (www.lenouvelliste.com), créé en 2006, est à nouveau actif.

 

Près d’un mois après la catastrophe qui a frappé Port-au-Prince, quelle évaluation peut-on faire ?

JEAN-MAX BELLERIVE Nous avons à peu près 1 million de personnes dans les rues, plus de 500 000 personnes déplacées, plus de 400 000 blessés, près de 500 centres spontanés où les gens se sont regroupés, même, si au fur et à mesure, il y a une prise en charge de ces centres par la communauté internationale en coordination avec le gouvernement et souvent avec l’appui des mairies. La situation est extrêmement préoccupante, notamment d’un point de vue sanitaire.

On parle de la reconstruction du pays. A-t-on déjà un plan pour les zones affectées et pour le pays entier ?

Pour le gouvernement, la vision est claire. Elle provient de nombreux constats. Premièrement, on ne peut pas simplement reconstruire ce qui a été détruit. Il est indispensable de regarder comment Haïti a été construit, pourquoi tant de morts dans un espace aussi petit. Il est clair que la question de la densité de la population vient en premier lieu, de même que l’éducation. La population n’était pas prête pour ce qui est arrivé. Fondamentalement, il y avait un déficit d’éducation. Il faut décentraliser le pays. On s’est rendu compte qu’en trente-cinq secondes on a perdu 30 à 40 % du PIB national parce que tout était concentré sur les 30 ou 35 kilomètres de la zone métropolitaine. Il faut décentraliser avec des plans très précis, vers des régions qui ont des opportunités. Il faut que les gens puissent trouver des centres de santé, des écoles pour leurs enfants. Il y a beaucoup de personnes qui sont mobilisées sur la définition d’un plan très précis permettant la relocalisation des populations, la création d’emplois et un développement plus harmonieux sur tout le territoire national.

Certains parlent de déplacement de la capitale vers une autre région, est-ce que cela est également en discussion ?


Pour l’instant, ce n’est pas la solution envisagée par l’Etat haïtien. L’essentiel, c’est de renforcer les normes et les procédures pour la construction. Déplacer Port-au-Prince pour aller où, et avec quelles garanties ? Nous pensons que la meilleure solution c’est de reconstruire une Port-au-Prince qui soit sûre pour ses habitants.

 

Pour reconstruire Port-au-Prince, il faut des projets à court, à moyen et à long terme.


Bien avant le séisme, des projets d’urbanisme pour la capitale et certaines villes de province existaient. Ces plans étaient en filigrane, difficiles à mettre en application à cause de la densité de la population et de la précarité des moyens. Ils sont dans les tiroirs. Il faut rapidement les adapter à la situation. Il faut voir, avec l’aide du système financier et bancaire, comment on peut permettre au système privé de se reconstruire.

 

Peu après le séisme, on a été envahi par des ONG qui nous ont apporté de l’aide. Comment est assurée la gestion de l’aide internationale au niveau gouvernemental ?


Beaucoup d’amis d’Haïti se sont mobilisés pour apporter de l’aide. La première chose qu’il faut leur dire c’est : “Merci !” Néanmoins, cette aide a apporté ses propres problèmes, puisque la coordination de la coopération est un thème mondial de discussion. Dans notre cas, cette aide a été tellement massive, importante et immédiate qu’Haïti n’a pas été en mesure de l’absorber avec la rapidité nécessaire et de mettre en place le processus de distribution.

 

Dans l’opinion publique certains s’inquiètent, ils parlent d’occupation ou de mise sous tutelle d’Haïti. Qu’en est-il ?


Il y a peut-être des gens qui veulent cela. Mais, quand je discute avec nos partenaires internationaux, je suis persuadé que ce n’est pas leur souhait. Les représentants de la communauté internationale sont là pour aider la population et le gouvernement haïtien à se remettre le plus rapidement possible d’une situation extrêmement difficile.

 

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